Autopsie d'une Poecilotheria fasciata présentant une rétention d'oeufs

 

I - Commémoratifs

La mygale, apparemment saine après la mue

     Poecilotheria fasciata, femelle âgée d'environ 3 ans.

     Propriétaire : L. DABAT

     Née en captivité

     Envergure : 17,5 cms

     Longueur du céphalothorax (hors chélicères) : 2,5 cm

 

II - Anamnèse

    Parasitée par larves de diptères (peut-être des phorides) au niveau de l'appareil génital. Une fois placée dans l'eau, la majorité des larves ont fui l'araignée et se sont placées dans l'eau. Le reste des larves situées dans l'appareil génital a été enlevé par le propriétaire à l'aide d'une pince.

Il semble ne rester aucune larve dans l'abdomen de l'araignée. Les poumons n'ont pas été touchés par les parasites.

     Il reste une "cicatrice" à gauche au niveau de la fente épigastrique. La cicatrice forme une croix.

    L'araignée présente un comportement normal, un bon état général et se nourrit sans problème. Elle fait une mue. Aucun fragment de mue n'est resté sur l'animal, cependant la cicatrice en croix au niveau du stigmate pulmonaire est restée.
    La mygale est accouplée pour la première fois. Le cocon est confectionné et laissé 15 jours à l'araignée, qui commence à le délaisser. Ce cocon est vide. Les œufs sont peut-être restés dans l'appareil génital.

 

III - Compte rendu d'autopsie

    • Céphalothorax : Muscles, appareil digestif, appareil nerveux et appareil circulatoire : RAS

    • Appendices locomoteurs : RAS

    • Chélicères, glandes à venins et pédipalpes : RAS

    • Abdomen :

      • Cœur : RAS

      • Pas d'adhérence entre tégument et épithélium cœlomique.

      • Œufs nécrosés visibles par transparence dans la cavité coelomique (à travers l'épithélium cœlomique) ventralement, latéralement à gauche et à droite. Pour la majorité, les œufs nécrosés sont en regard de l'épigyne (où se situent d'anciennes lésions de parasitose). Le départ des lésions semble donc correspondre à la partie ventrale de l'abdomen. Cette lésion initiale a alors progressé dans tout l'abdomen.

        Vue dorsale de l'abdomen
        (les muscles du céphalothorax ont été enlevés)

        Légende :
        Fig. 1: Coeur.
        Fig. 2: Oeuf nécrosé.

        Vue latérale gauche de l'abdomen disséqué

        Légende :
        Fig. 1: Poumon caudal gauche.
        Fig. 2: Plage de nécrose au centre de l'oeuf.
        Fig. 2: Plage de nécrose seulement en périphérie.

        Vue latérale droite de l'abdomen disséqué

        Légende :
        Fig. 1: Oeuf sain.

         

      • Présence d'environ 90 œufs. 20% environ sont nécrosés. Les lésions de nécrose touchent le chorion et l'intérieur des œufs. Le centre des œufs est parfois nécrosé. Il se pourrait que le tissu des embryons se dégrade plus vite que le vitellus ce qui expliquerait la progression centrifuge de l'infection au niveau de l'œuf.
        Après avoir ouvert la cavité cœlomique, on observe des lésions de nécrose touchant les œufs, et les tissus avoisinant mis à part l'appareil digestif qui est intact. Les lésions de nécrose les plus avancées se situent au niveau de la partie la plus ventrale de l'appareil génital. Ceci conforte l'hypothèse d'une infection à point de départ génital.

        Appareil génital et épithélium coelomique ventral

        Légende :
        Fig. 1: Céphalothorax.
        Fig. 2: Appareil digestif.
        Fig. 3: Plage de nécrose ventrale.
        Fig. 4: Plage de nécrose latérale.

         

      • Après avoir récliné la partie ventrale de l'épithélium cœlomique, on observe une plage de nécrose qui s'étend longitudinalement et médialement sur toute la longueur de l'abdomen. La couleur du tissu est très sombre : ces lésions semblent être les plus anciennes. La couleur la plus sombre se situe au niveau de la fente épigastrique. C'est donc à ce niveau que l'infection a commencé.

        Epithélium coelomique ventral séparé du tégument et récliné

        Légende :
        Fig. 1: Fente épigastrique.
        Fig. 2: Plage de nécrose ventrale.
        Fig. 3: Tissu sain.
        Fig. 4: Partie caudale de la lésion.
        Fig. 5: Poumon.
        Fig. 6: Céphalothorax.

        Remarque : l'araignée a été congelée tout de suite après sa mort. Les lésions observées dans le cadre de cette dissection ne sont donc pas des lésions post-mortem mais des lésions du vivant de l'animal.

 

IV - Interprétation

    L'hypothèse la plus probable est que la myase due aux larves de diptères a été suivie par une multiplication importante de bactéries commensales (qui était présentes auparavant dans l'appareil génital) ou par la colonisation de bactéries opportunistes en provenance du substrat.

    Ces bactéries ont profité des lésions occasionnées par les larves. Puis, la femelle n'a pu déposer ses œufs probablement à cause du tissu cicatriciel qui a obstrué les voies génitales (aucun fragment de mue restant n'a été observé). Les bactéries ont alors entraîné des lésions au niveau de l'appareil génital et des œufs dont le vitellus a constitué une source importante d'énergie. Il est possible que l 'araignée soit morte d'un choc toxique : les bactéries auraient libéré suffisamment de toxines pour tuer l'animal ou, autre possibilité, le système immunitaire de l'araignée aurait lysé un nombre important de bactéries libérant les endotoxines cytoplasmiques bactériennes.

 

V - Conclusions

    Il est donc important de se méfier de certains diptères se développant dans un terrarium. Les drosophiles ne sont pas dangereuses mais les phorides, par exemple, peuvent occasionner des myases chez les mygales. De plus, on apprend ici qu'un accouplement après infestation de l'appareil génital est risqué pour la vie de l'araignée.

    Le traitement employé ici par Lionel DABAT est sans danger et efficace. Il s'agit d'un bain non prolongé de l'abdomen dans de l'eau ce qui a pour effet de faire fuir les larves. Ceci peut être suivi d'une extraction manuelle à la pince. Ce traitement est peu traumatisant et non toxique. Il est important de noter que cette méthode aurait pu suffire si la femelle n'avait pas été accouplée par la suite.

    Par ailleurs, on peut s'interroger sur les traitements qui auraient pu être entrepris après l'infestation par les larves de diptères :

    • Un traitement local précoce par bain dans une solution diluée de chlorexidine (HIBITAN® par exemple) ou de povidone iodée (VETEDINE® par exemple) aurait pu limiter l'infestation.

    • Un traitement insecticide local précoce au métrifonate (NEGUVON®), par exemple, aurait été efficace mais très toxique pour l'araignée. Il faudrait mettre au point un traitement par voie hémolymphatique mais la toxicité des insecticides pour l'araignée va rendre difficile la mise en pratique d'un tel traitement.

    • Un traitement antibiotique per os ou par voie hémolymphatique pourrait être envisageable pour réduire le risque de multiplication bactérienne pendant et après une infestation par des larves de diptères.

    • Une " césarienne " semble difficilement praticable matériellement et techniquement.

    Ces traitements n'étant pas encore pratiqués couramment, il est préférable d'attendre que des posologies fiables soient publiées.

    Il s'agit du seul cas de rétention d'œufs rencontré par Lionel DABAT dans le cadre de son élevage en 7 ans de pratique. Ce phénomène est très rare chez les Théraphosidés.

    Par contre, les parasitoses dues aux diptères sont courantes en captivité, notamment chez les genres Poecilotheria, Psalmopoeus et l'espèce Theraphosa blondi. Ces parasitoses sont localisées au niveau du labium le plus souvent, mais on peut aussi les rencontrer au niveau des poumons et de l'appareil génital.


©G.E.A. 2010
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