Lasiodorides striatus

Description d'une nouvelle espèce
(Araneida : Theraphosidae, Theraphosinae)

Lasiodorides striatus
(? Pamphobeteus striatus)

sp. n. du PEROU

(Günter SCHMIDT et D. ANTONELLI)

(Publication initiale : Archn. mag.n°4 (12), pages 1 - 12).

Traduction de l'allemand : Fabian VOL

RESUME :

    L’espèce de ?Pamphobeteus, appelée par le passé P. wallacei ou P. striped, est décrite ici pour la première fois. Il s’agit d’un membre extrêmement déviant de ce genre avec deux réceptacles séminaux séparés l’un de l’autre, un fémur III épaissi chez les mâles, peu de cuspules labiales et un embolus caréné différemment des autres espèces de Pamphobeteus.

RESUME :

    ?Pamphobeteus striatus, Lasiodora, Pérou.

INTRODUCTION :

    Le 4 juillet 1996 Schmidt recevait un paquet contenant du matériel d’une espèce de ?Pamphobeteus ainsi que des photos de l’animal vivant de l’élevage de Antonelli, animal qu’il avait en stabulation. Il s’agissait de cette espèce connue depuis environ 12 ans dans le cercle des amateurs sous le nom de P. wallacei ou P. striped. Elle avait été importée à l’origine par le commerçant anglais Wallace. Sur ce, Antonelli attirait l’attention sur le fait que ses frères et sœurs pouvaient différer par la couleur. Il soutenait l’idée qu’il pouvait ne pas s’agir du tout d’une Pamphobeteus. Outre les critères morphologiques, les détails biologiques accréditaient également cette idée. En fait il s’agit d’un animal mystérieux, dont la position dans le système arachnologique n’est pas claire. On peut dire seulement avec certitude qu’il s’agit d’un Theraphosinae. D’après Simon (1903) l’espèce ne peut pas être déterminée, puisque pour parvenir à Pamphobeteus, on a besoin d’un animal chez lequel la patella + tibia IV est un peu plus longue que la patella + tibia I. C’est l’inverse chez le mâle de l’espèce en question. Le fémur III n’est pas non plus épaissi d’après Simon. C’est cependant le cas avec le mâle. D’après Simon (1892) la scopula doit être absente sur le métatarse IV chez Pamphobeteus (sous-groupe Lasiodora A). L’espèce en question présente cependant une scopula distincte à cet endroit. D’après Pocock (1901) le métatarse IV porte une scopula apicale. Chez les femelles le fémur III n’est pas enflé lt. Pocock. Chez les mâles le métatarse I en flexion doit venir reposer entre les apophyses tibiales, chez Lasiodora il vient seulement contre l’apophyse tibiale rétrolatérale. Ceci est également le cas chez l’espèce présente. La spermathèque consiste en deux receptacula seminis non reliés entre eux. On ne trouve rien de semblable chez Pamphobeteus. On peut déduire que cette espèce dérive plutôt de celles du genre Lasiodora, chez lesquelles la liaison entre les receptacula n’est pas formée. Puisque l’espèce ne présente pas l’organe de stridulation caractéristique de Lasiodora, lequel est remplacé à l’endroit correspondant par des poils longs, couchés et parallèles, il n’est sûrement pas souhaitable de la placer dans Lasiodora. D’après Schmidt (1993) on arrive à Pamphobeteus, seulement lorsque les femelles présentent une spermathèque à deux lobes. D’après Pérez-Miles et al. (1996) on doit tomber sur le choix entre les illustrations du bulbe palpal de Lasiodora klugi et de Pamphobeteus nigricolor. On ne trouve cependant chez les deux aucune grande ressemblance avec l’espèce présente. Si l’on ne veut pas établir de nouveau genre pour elle on doit décider si on la considère comme une espèce extrême dérivée de Pamphobeteus ou comme une Lasiodora sans organe de stridulation. Nous aimerions résoudre le problème en décrivant cette espèce comme ?Pamphobeteus striatus sp. n. puisque c’est sous ce nom qu’elle circule depuis longtemps. Il est cependant très vraisemblable qu’il faille ultérieurement la placer dans un genre non établi à ce jour.

MATERIEL :

    1 mâle (holotype), 1 femelle (paratype), 3 exuvies de femelles (paratypes). Il s’agit d’une capture sauvage, et non d’une bête élevée. La bête de capture vient du nord du Pérou. Tous les matériel proviennent de la collection Antonelli, et sera cédé au Senckenbergmuseum, Francfort.

METHODE :

    Pour la méthodologie d’examen voir les précédentes descriptions d’espèces de mygales dans Arachnol Mag.

RESULTATS :

    ?Pamphobeteus striatus sp. n.

DERIVATIO NOMINIS :

    Du latin striatus = rayé, à cause des rayures longitudinales sur les palpes et pattes, angl. = striped.

DIAGNOSE :

    Theraphosinae avec des poils urticants de type 1 et 3, une scopula rl sur le fémur IV, un fémur III enflé chez le mâle, sans organe de stridulation, avec 2 receptacula seminis séparés et 2 apophyses tibiales, celle située rétroventralement touche le métatarse I lorsqu’il est replié. Tibia + patella I de même longueur (femelle) ou plus long (mâle) que la patella + tibia IV. Un peu plus de 30 cuspules simplement sur le labium.

DESCRIPTION Mâle (holotype) :

    Longueur du corps 47.0 mm, carapace 22.0 x 21.0 mm max., chélicères : article de base 10.0 x 3.2 mm, crochet 6 mm. Opisthosoma 25.0 x 18.0 mm.

Chélicères :

    Dentition des chélicères non discernable sans destruction des chélicères à cause de la forte pilosité.

Sternum :

    Sternum 10.0 x 6.0 mm, 2 paires de sigilla, 1 paire face à la coxa II contre la bordure, 1 paire face à la coxa III, ovale, 1.18 mm de long, et séparée de la bordure du sternum de 1.12 mm.

Labium :

    Labium 3.3 mm de long, 4.0 mm de large, avec à peine plus de 30 cuspules à l’apex au milieu.

Filières :

    Article basal 2 mm, article médian 3.9 mm, article apical 3.9 mm.

Fovéa :

    Droite.

Tumulus oculaire :

    Tumulus oculaire sur la bordure de la carapace. Seuls les AME sont ronds. Dimension des yeux et écartement en mm : AME 0.39, AME-AME 0.59, ALE 0.70, AME-ALE 0.33, PME (diamètre longitudinal) 0.46, AME-PME 0.39, PME-PLE 0.08, PLE 0.55, ALE-PLE 0.33, PME-PME 1.32. Rangée oculaire antérieure procurvée, rangée oculaire postérieure récurvée.

    Formule des pattes : IV, I, II, III.
    Longueur des articles :

 

fémur

patella

tibia

métatarse

tarse

total

Palpe

12.0

7.0

11.0

-

3.5

33.5

Patte I

20.0

10.0

15.0

17.0

11.0

70.0

Patte II

16.0

10.0

15.0

15.0

10.0

66.0

Patte III

15.0

8.5

12.0

15.0

10.0

60.5

Patte IV

20.0

8.0

16.0

22.0

11.0

77.0

    Fémur III 1 mm plus épais que les autres fémurs.

Palpe :

    Bulbe + embolus environ 5 mm de long, embolus avec une carène large.

Apophyses tibiales :

    Proventrale plus courte et plus fine que la rétroventrale, cette dernière incurvée. Replié le métatarse vient reposer sur elle.

Soies urticantes :

    Opisthosoma avec des poils urticants de type I et III et de longs poils roux.

Scopula :

    Patte : tous les tarses, les métatarses I et II entièrement scopulés, métatarse III sur la ½, métatarse IV sur plus de son ¼ apical.

Organe de stridulation :

    Pas d’organe de stridulation, à la place au dessus de la suture de la coxa du palpe et de la coxa I on trouve des poils longs, fins, souples, allongés et parallèles.

Epines :
    Palpe : Ti pl 0-1-1, v 1-1 ; I : M a 2 ; II : Ti pl 0-1-0, rv m 1, v a 3, M v m 1, a 3 ; III : Ti pl 1-1, v m 2, a 2, rl 1-1-1, M pl 1-1-1, v 2-2-2-1, rl 1-1-1-1 ; IV : Ti pl 0-1-1, pv 1-1-2, rv 0-1-1-2, M très fortement et irrégulièrement armé d’épines.

Couleur et motif :
    Châtain foncé-clair, palpe avec 2 rayures longitudinales de poils clairs sur la patella et le tibia, métatarse avec basalement une rayure médiane claire. Rayure transversale claire à l’apex des fémurs, patellae, tibias et métatarses. Carapace avec des poils laineux, des rayures radiales plus claires et une bordure claire, avec à l’avant 2 parties couleur cuivre clair autour des yeux, qui divergent derrière ceux-ci, et s’étend sur environ 7 mm vers l’arrière.

DESCRIPTION femelle (paratype) :

    Carapace 28 x 24 mm, chez les femelles les plus grosses la carapace mesure 29 mm de long.

Chélicères :
    Article basal 15 x 7 mm, crochet 11 mm. Dents des chélicères : 15, dont la 11ème est très grosse et dont les 12ème-15ème sont petites. Latéralement aux 10ème-15ème dents 2-4 rangées de denticules très petits.

Sternum :

    10 x 8.5 mm, sigilla comme chez le mâle.

Labium :

    3.3 x 5 mm, avec apicalement environ 3 rangées de cuspules.

Filières :

    Article basal 5.3 mm, article médian 3.6 mm, article apical 4.6 mm.

Fovéa :

    Comme chez le mâle.

Clypeus :

    Comme chez le mâle.

Tumulus oculaire :

    AME ronds, les autres ovales allongés. Tumulus oculaire 3.3 mm de large. Rangée oculaire antérieure faiblement procurvée, rangée oculaire postérieure plus fortement récuvée. Ecartements et dimensions oculaires en mm : AME 0.53, AME-AME 0.53, ALE 0.86, AME-ALE 0.33, PME (diamètre longitudinal) 0.53, AME-PME 0.26, PME-PLE 0.10, PLE 0.51, ALE-PLE 0.39, PME-PME 1.51.

    Formule des pattes comme le mâle.


    Longueur des articles :

 

fémur

patella

tibia

métatarse

tarse

total

Palpe

12.0

8.0

9.0

-

8.0

37.0

Patte I

16.0

11.0

12.0

12.0

8.0

59.0

Patte II

15.0

9.0

11.0

11.0

7.5

53.5

Patte III

14.0

8.0

10.0

11.0

7.5

50.5

Patte IV

17.0

10.0

13.0

17.0

8.0

65.0

    Fémur du palpe courbé. Fémur III non enflé.

Scopula :

    Tarse du palpe entièrement scopulé, pattes comme chez le mâle, mais le tarse IV est scopulé sur un peu moins du ¼ seulement.

    Pas d’organe de stridulation sur la coxa du palpe et la coxa I.

Soies urticantes :

    Poils urticants de types I et III, de longueurs très différentes et différemment plumeux, en partie 0.44 mm de long.

Couleurs :

    La couleur de base est noire après une mue fraîche, la pilosité et le motif sont cuivré-ocre-roux. Plus les animaux vieillissent, plus ils perdent la couleur cuivre. Les spécimens adultes présentent une fort reflet métallique cuivrée sur la totalité du corps.

Spermathèque :

    (fig 10) voir illust. 253 dans Schmidt : Vogelspinnen 4ème édition.

HISTOIRE NATURELLE (Antonelli) :

    Les femelles sont, en dehors des quelques jours dans l’année où elles sont réceptives à l’accouplement, très agressives envers les mâles, elles construisent des cocons sans poils urticants. Un cocon contient 100-150 petits œufs. Les mygalons ressemblent à ceux de Lasiodora, ils grandissent lentement. L’accouplement dure seulement au plus 3-4 minutes. Les animaux se construisent à peine des abris. Les frères et sœurs peuvent, en fonction de l’intensité de la coloration cuivre paraître clairs ou plus foncés.

DISCUSSION :

    La morphologie et la biologie accréditent l’idée que ?P. striatus est une espèce, qui est proche de Lasiodora. Cependant les espèces de Lasiodora ne sont connues jusqu’à présent que du Brésil et de l’Uruguay, alors que P. antinous et P. nigricolor se rencontrent au Pérou. La première exuvie de cette nouvelle espèce est parvenue à Schmidt au début de 1990 de la part de tits, Bertem/Belgique. L’espèce avait été déposée sous Pamphobeteus sp à cette époque. Plus tard du matériel provenant de tinter, Ludwigsburg, s’est rajouté. La spermathèque a fait l’objet d’une discussion avec Lucas en 1990, qu’elle considérait comme celle d’une espèce de Vitalius, (à cette époque toujours sous Pamphobeteus). Vitalius n’est cependant pas connu du Pérou. En plus il n’existe pas la moindre ressemblance avec la spermathèque de V. sorocabae (mello-leitão, 1923), le type de Vitalius. A l’heure actuelle, on ne connaît aucun genre dans lequel rentrerait sans problème cette nouvelle espèce.

RESUME :

    L’espèce qui depuis 1984, circule sous les noms de Pamphobeteus wallacei et P. striped est décrite. Elle présente 2 receptacula seminis, qui sont séparés l’un de l’autre, ce qui n’est pas une caractéristique de Pamphobeteus mais de Lasiodora. D’un autre côté, les soies de stridulation, caractéristiques de Lasiodora manquent sur les coxae des palpes et des pattes I. Le fémur III est épaissi chez le mâle. Le labium ne porte que relativement peu de cuspules. Le métatarse I touche contre l’apophyse tibiale rétroventrale lorsqu’il est plié, ce qui est également caractéristique de Lasiodora.



©G.E.A. 2012
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