Observation de Micrathena schreibersi (Araneidae, Gasteracanthinae)

 

I - Introduction

    Les Araignées Gasteracanthinae font partie de la grande famille des Araneidae. Vivant pour la plupart dans les régions tropicales, elles sont reconnaissables à leur faciès particulier, et surtout au remarquable anneau sclérifié qui entoure les filières.
    Trois genres sont déjà connus de Guyane française : Micrathena, Chaetacis et Gasteracantha.

Micrathena schreibersi
(Photo Lambert)

 

II - Le genre Micrathena

    II est le plus largement représenté. On le rencontre d'ailleurs dans toute la région néotropicale et dans une petite partie de la région néartique. On en compte plus de 100 espèces, réparties en 8 groupes.
    Au point de vue anatomique, il est reconnaissable à sa carapace glabre, surélevée dans la région thoracique, bordée d'un liséré clair. Les fémurs de la quatrième paire de pattes sont plus allongés que ceux de la première. L'abdomen est plus long que large, de contour triangulaire ou trapézoïdal, déformé par des croissance hyperthélique. Il a une face dorsale un peu concave, en forme de selle, fortement sclérifié , toujours garnie de rangées de sigillae.
    Il est hérissé de bosses, de tubercules et chez la femelle, d'épines plus ou moins fortes et acérées, parfois démesurées (Micrathena cyanospina). Les Micrathena ont souvent des couleurs vives. Le dimorphisme sexuel est marqué. Plus petit que la femelle, le mâle possède un abdomen très dissemblable, lisse, dépourvu d'épines, rectangulaire ou en forme de "violon". Les Micrathena sont des araignées diurnes, forestières et ombrophiles. Leurs femelles tissent une toile géométrique, légèrement incliné sur la verticale, à moyeu ouvert, comportant de nombreux tours de spires. La toile ne comporte pas de refuge.
    La femelle se tient en position inversée, suspendue au moyeu ouvert du centre de sa toile, la face dorsale de l'abdomen parallèle au sol, faisant un angle avec le plan incliné de l'orbe, et les pattes postérieures s'agrippant aux fils du pourtour de son orifice.
    Les proies engluées par la toile visqueuse ne sont pas au préalable emmaillotées. L'araignée envenime d'emblée les proies et les emmaillote ensuite.
    Les Micrathena pratiquent un camouflage efficace. Leurs épines et tubercules rendent les contours du corps un peu flous et lui confèrent un aspect de débris végétal. La face inférieure vue d'en dessus tend à se confondre avec la litière et la végétation du sous-bois tandis que la supérieure, examinée du dessous, se perd dans les trouées lumineuses et mobiles de la canopée. Il semble que les épines, souvent vulnérantes, puissent assurer un défense réelle contre les Vertébrés.

 

III - Micrathena schreibersi

    Franck Phan m'a procuré deux femelles de ces magnifiques araignées guyanaises.

Description de la femelle:
    Le prosoma noir et brillant est bordé de jaune. Le sternum brun foncé, les pattes IV sont très longues et frèles. L'opisthosoma est triangulaire, il est de couleur jaune vif et, est bordé de noir sur sa face dorsale. L'anneau des filières, caractéristique de cette famille, est proéminent. Il est entouré de tâches jaunes. Il possède 5 paires d'épines. La première paire est petite, les 2 suivantes sont plus longues, la quatrième paire sur l'angle postérieur est très longue, acérée, elle est rouge et noire à l'apex. La dernière sous l'angle postérieur est beaucoup plus courte est inclinée vers le bas. La taille de la femelle est de 15mm environ.

Description du mâle:
    J'ai pu examiner un mâle dans une collection privée. Il est 3 fois plus petit que la femelle. Le prosoma est de couleur orangée, l'opisthosoma est de couleur grise, rétréci à sa partie moyenne, il est dépourvu d'épines. Sa forme évoque vaguement une fourmi.

 

IV - Conditions d'élevage

    Les araignées ont été placées séparément dans un terrarium de 30x20x25cm. Le substrat est constitué de tourbe ; des plantes ont été introduites en pot, ce sont des Scindapsus, capillaires. Les araignées ont réalisé leur toile entre deux branches de Scindapsus.
    Hygrométrie est assez élevée de 80% HR. La luminosité est faible, elle est celle de la pièce d'élevage. La température de 28°C le jour est abaissée à 22°C la nuit. La nourriture consiste en larves de grillons, mouches, petites phalènes.
    Les araignées avaient été fécondées, elles ont réalisé au bout de 15 jours pour l'une, 3 semaines pour l'autre, un petit cocon, de couleur ivoire. Leur diamètre est de 3 mm. Les cocons mettent 3 semaines pour éclore. Les adultes sont morts une semaine après l'éclosion.
    Inutile de vous dire que les jeunes araignées qui sortent du cocon sont vraiment très petites. Il y en a une trentaine par cocon. J'ai laissé les jeunes ensemble pendant une semaine, au bout de cette semaine, il ne m'en restait qu'une quinzaine ; Les jeunes araignées ont été nourries des Drosophila funebris, plus petites que D.melanogaster.
    Trois mois après l'éclosion, il ne me reste que huit jeunes, qui ont l'air en bonne forme. J'espère obtenir le cycle complet de cette superbe araignée.


©G.E.A. 2010
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