(Cet article a initialement été publié aux Editions Arachnides).
Identité de pallidum :
En 1897 dans son « Biologia Centrali-Americana » Frederick Octavius Pickard-Cambridge décrivait d’après un mâle, une mygale provenant de Chihuahua, Mexique, et qu’il nommait Eurypelma pallidum. Cette espèce présentait une carapace avec une « dull rose-grey pubescence », des pattes « brown, with short red-brown hairs » et un abdomen couvert de « pale brown hairs ».
Ses dimensions étaient les suivantes : long. totale 45 mill ; carapace 17.5 x 16 ; région céph. 12 ; pattes : I 66 ; II 62 ; III 60 ; IV 70 ; patella + tibia I 19.5 ; IV 19.5 ; métatarse I 12 ; IV 16.
Il a attribué à ce mâle une femelle collectée dans l’état de Guerrero, à quelques milliers de kilomètres plus au sud, femelle qu’il s’est bien gardé de décrire.
En guise de conclusion il écrit à propos de cette espèce : « This spider presents the characters of Brachypelma, Sim. Two adult males were taken by W. Montague Kerr in Chihuahua, and two adult females, and one young specimen of the same sex, by H. H. Smith in Guerrero. » C’est peut-être cette phrase qui est à l’origine de l’imbroglio que je me propose d’éclaircir ci-dessous.
Les organes copulateurs de cette espèce sont illustrés sur la planche I, fig. 17a, b et c de Biologia Centrali-Americana (illustration de gauche).
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Figure 5a et b de la planche II, F.O. Pickard-Cambridge illustre les bulbes de Eurypelma emilia (voir illustration de droite) et dessine très clairement l’aspect concave-convexe de l’embolus, que les anglais désigne par l’adjectif « spoonlike », en forme de cuillère. Cette dernière caractéristique est typique des genres Brachypelma Simon 1890 et Megaphobema Pocock 1901. Elle permet de faire assez facilement la différence avec le genre sympatrique Aphonopelma Pocock 1901. Chez les espèces d’Aphonopelma des Etats-Unis d’Amérique et du nord du Mexique l’embolus est long et effilé. Il devient clair, à la lumière de cette considération que l’espèce qui a été décrite par Pickard-Cambridge sous le nom de pallidum est en réalité une Aphonopelma. Andrew Smith qui a examiné le matériel typique au British Museum of Natural History a confirmé dans son « Tarantulas of the USA and Mexico » qu’il s’agissait bien d’une Aphonopelma. Toutefois on peut noter que les dimensions relevées par Andrew Smith ne coïncident pas avec celles indiquées par F.O. Pickard-Cambridge pour son holotype. Parmi les différences les plus significatives on peut noter celles du céphalothorax : 17x14 mm et les patella + tibia I et IV qui sont égales pour Pickard-Cambridge et plus longs pour la patte I chez Smith. Ce dernier a vraisemblablement examiné le cotype provenant du même endroit. Il n’existe pas d’incertitude à cet égard, le cotype et l’holotype appartiennent à la même espèce.
Reginald Pocock (1903) créé une nouvelle espèce, albiceps, pour la femelle attribuée au mâle de Eurypelma pallidum et la place dans le genre Brachypelma sans la décrire. En fait il s’agit vraisemblablement comme le montrera Smith 1995 d’une Aphonopelma car cette espèce ne présente pas de poils plumeux sur le trochanter et le fémur de la première de pattes. Sa spermathèque est constituée de deux réceptacles séminaux arrondis.
La première mention de pallidum comme Brachypelma est donnée par Alexander Petrunkevitch (1939). Il considère sans avoir examiné les types de albiceps et de pallidum que ces deux espèces sont identiques et qu’elles appartiennent au genre Brachypelma. Roewer dans son catalogue (1942) ne reconnaît pas le genre Brachypelma et place à nouveau pallidum dans le genre Eurypelma. Il suit cependant Petrunkevitch dans la synonymie entre les deux espèces albiceps et pallidum, cette dernière ayant bien entendu la priorité.
Bonnet dans son monumental Bibliographia Araneorum répertorie ces deux espèces sous le genre Brachypelma. Hoffman (1976) suit Bonnet dans son catalogue des araignées mexicaines.
Il faut attendre Smith 1995 pour que pallidum soit correctement placé dans le genre Aphonopelma Pocock 1901.
Brachypelma « pallidum » :
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| Brachypelma « pallidum » |
Depuis plusieurs années les amateurs et collectionneurs connaissent et élèvent un peu partout en Europe une espèce de Theraphosidae qu’ils désignent du nom de Brachypelma pallidum. Cette espèce est très prolifique et est aujourd’hui très largement répandue. Cette espèce appartient indiscutablement au genre Brachypelma Simon 1890. Elle en possède les poils plumeux sur les trochanters et fémurs de la première paire de pattes, une spermathèque unipartite et un bulbe avec un embolus « spoonlike » ainsi qu’un crochet tibial principal élargi distalement (voir illustrations). Ceci signifie donc que l’espèce que nous connaissons est une Brachypelma et qu’elle n’a pas encore été décrite.
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| Spermathèque de Brachypelma « pallidum », détail |
Rick West dans un courrier électronique affirme dans la mailing list « arachnids » qu’elle est le résultat du croisement de Brachypelma emilia et de Brachypelma albopilosum :
« …is currently suspected by some to be a hybrid between B. emilia and B. albopilosum. The original specimens (mostly spiderlings) came out of Germany about eight years ago. As with B. baumgarteni, there are spiderlings (and now adults) in the pet trade, however, no one has successfully proved they produced offspring directly from the pairing of the adult specimens. Both Ron Baxter and I have tried many times to obtain fertile eggsacs from these adults to no avail… »
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Bulbes et embolus
Apophyses tibiales |
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En fait cette espèce a été reproduite à maintes reprises et les jeunes ont eux-mêmes produit des jeunes viables identiques aux adultes. Jean Michel Verdez (comm. personnelle) a reproduit cette espèce à trois reprises :
- 1er cocon : accouplement le 03/12/92, ponte le 17/03/93, cocon retiré le 18/03/93, naissance 551 jeunes le 26/04/93.
- 2ème cocon : accouplement le 12/08/94, cocon le 23/12/94, cocon retiré le 09/02/95, naissance 955 jeunes le 12/03/95.
- 3ème cocon : accouplement le 14/08/94 et le 08/09/94, cocon le 09/03/95 retiré le 26/04/95, naissance de 462 jeunes le 24/05/95.
Certains de ces spécimens reproducteurs provenaient de capture.
Locht et al. (1999)*, indiquent pour « Brachypelma pallidum » une aire de distribution couvrant une partie des états de Morelos et Guerrero. Or l’espèce pallidum sensu F.O. Pickard-Cambridge provient de Chihuahua, un des grands états du nord du pays, situé à plusieurs milliers de kilomètres de la distribution indiquée. De deux choses l’une, soit l’espèce identifiée comme pallidum est albiceps, soit il s’agit de l’espèce de Brachypelma que nous connaissons. Je penche pour la deuxième éventualité car j’ai du mal à croire que ces auteurs aient pu confondre les genres Brachypelma Simon 1890 et Aphonopelma Pocock 1901 dans un article portant précisément sur les genres Brachypelma et Brachypelmides Schmidt & krause 1994. Locht et al. (1999) indiquent avoir examiné un matériel nombreux et écrivent en outre dans ce même article : « The only distribution that we could not verify was that for B. epicureanum, … », ce qui signifie a contrario qu’ils ont vérifié celle de « B. pallidum ».
* Cet article, publié dans une revue qui se veut la référence en matière d’Arachnologie : The Journal of Arachnology présente des erreurs, imprécisions et de nombreuses coquilles dont la plupart n’auraient pas du résister à la lecture d’un « reviewer » sérieux.
Résumé :
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L’espèce Eurypelma pallidum appartient au genre Aphonopelma Pocock 1901.
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L’espèce connue sous ce nom par les amateurs appartient au genre Brachypelma Simon 1890 et n’a pas encore été décrite.
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Cette espèce a été reproduite à maintes reprises en captivité et ses descendants sont féconds, il est donc peu probable qu’elle soit le résultat d’une hybridation entre les espèces allopatriques Brachypelma emilia (White, 1856) et Brachypelma albopilosum Valerio, 1980 comme le suggère R. West.
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La distribution de cette Brachypelma est vraisemblablement celle indiquée par Locht et al. 1999 pour Brachypelma pallidum.
L’espèce de Brachypelma que l’on suppose sympatrique à Aphonopelma albiceps (Pocock,1903), considérée comme pallidum, a longtemps troublé le législateur, soucieux de protéger une espèce de Brachypelma figurant sur tous les catalogues antérieurs à Smith (1995). En effet on voit très clairement, dans sa volonté d’inclure les espèces Aphonopelma pallidum et Aphonopelma albiceps en annexe II de la Convention de Washington (NDLR : voir page législation), une volonté de protéger l’ensemble des espèces du genre Brachypelma. Mais cette mesure est manifestement inutile puisque la Brachypelma que nous connaissons n’est pas pallidum. Cette ambiguïté ne pourra être levée que lorsqu’elle aura été décrite et pourra être désignée par un nom d’espèce.
Remerciements :
Je tiens à remercier David Chevreau pour m’avoir donné un mâle adulte de cette espèce, Gérard Dupré pour l’article de Locht et al. 1999 ainsi que Jean Michel Verdez pour ses informations de reproduction.
Références :
Bonnet P. 1945-1961, Bibliographia Araneorum. Douladoure, Toulouse.
Hoffman A. 1976, Las arañas de México. Folia ent. méxicana, 36 : 18.
Locht A., Yáñez M. et Vázquez I. 1999, Distribution and natural history of mexican species of Brachypelma and Brachypelmides (Theraphosidae, Theraphosinae) with morphological evidence for their synonymy. Journal of Arachnology 27 : 196-200.
Petrunkevitch A. & Collaborators 1939, Catalogue of American Spiders. Part one, Transactions of the Connecticut Academy of Arts and Sciences, 33 : 133-338.
Pickard-Cambridge F.O. 1897, Arachnida. Araneida in Godman F.D. et Salvin O., Biologia Centrali-Americana, Zool. London, vol. 2 : 1-42.
Pocock R.I. 1903, On some Genera and Species of South American Aviculariidae. Annals and Magazine of Natural History, série 7, volume 11 : 81-115.
Roewer C.F. 1942, Katalog der Araneae von 1758 bis 1940. 1 Band. Kommissions-Verlag von "Natura", Bremen : 1040 pp.
Smith A.M. 1995, Tarantulas of the U.S.A. and Mexico. Fitzgerald Publishing London, 196pp.






