A propos de Olios coenobita - Fage 1926 (Sparassidae)

I - Présentation

    Olios coenobita appartient à la famille des Sparassidae En Europe, cette famille est représentée par Micrommata ligurinum, Olios argelasius et Sparassus dufouri.
    Olios coenobita est une araignée de couleur brun-fauve avec les tarses noirs, d'une taille variant entre 14 et 17 mm. Le prosoma est aussi large que long, les mâles ont même leur prosoma plus large que long ; les yeux anterieurs, en ligne droite, sont séparés environ de leur diamètre, des médians plus gros.
    La pièce labiale est arrondie à l'extrémité.
    La marge inférieure des chélicères porte trois dents, la troisième est plus petite que les autres.
    La patte-machoire du mâle est assez longue, son tibia cylindrique est pourvu d'une apophyse supéro-externe crochue à la pointe.
    Le tarse est pourvu d'un stylus exserte.

Olios coenobita
(Photo Patrick Balliet)

 

II - Habitat

    Elle vit dans le sud de Madagascar (sud de Tuléar), dans un milieu semi-aride.
    La végetation sud-malgache est essentiellement constituée de plantes grasses, dont plusieurs sont endémiques et d'arbrisseaux épineux. Contrairement aux araignées de cette famille Olios coenobita ne construit pas de coque d'habitation : elle "squatte" les coquilles d'escargots, un peu à la façon du bernard-l'hermite. Coquille qu'elle hisse à jusqu'à 50cm du sol sur une branche d'un arbuste.

 

III - Captivité et comportement

    J'ai reçu, il y a quelques temps un lot de 8 Olios coenobita de Madagascar.
    Les araignées sont placées dans un terrarium de 50cmX30X60 recouvert d'un grillage très fin, planté de différentes graminées et de chênes kermés. Le sol se compose d'un mélange de sable et de terreau. La température est celle de la pièce d'élevage, 27°C le jour et 20°C la nuit. La luminosité est celle de la pièce, ces araignées étant nocturnes et très lucifuges, cela est suffisant. Pour l'observation nocturne, j'ai fixé une ampoule rouge de 25w à une douille, enchâssée dans le couvercle du vivarium.
    Mon correspondant malgache m'avait envoyé également une dizaine de coquilles vides de gastéropodes divers (Kalidos procteri, Tropidophora philippiana, etc...). Ces coquilles furent placées dans le terrarium. Celui ci fût recouvert d'un tissu noir, afin de ne pas effrayer les araignées stressées par le voyage.

    La première nuit et le lendemain, les araignées restèrent prostrées. La nuit suivante, les Olios commencèrent à s'installer dans leur coquille, j'avais mis les dix coquilles afin d'éviter d'éventuels conflits entre les animaux.
    L'araignée à la recherche d'un logement parcourt l'ensemble du terrarium, passant sur les coquilles, monte sur les rameaux. Quand le choix semble être fait, l'Olios effectue plusieurs va-et-vient sur la coquille, puis grimpe sur le rameau surplombant la coquille. Elle se laisse glisser le long d'un fil qu'elle a accroché à ce rameau et en colle l'extrémité à la coquille. Elle va tisser un réseau de fils et l'ascension de la coquille commence, l'ouverture de celle ci se trouvant vers le bas.
    Quinze minutes après, la coquille se trouve à cinq centimètres du sol, je n'ai jamais observé une hauteur plus élevée, contrairement à se qui se passe dans la nature, où l'on a observé des coquille hissées à 50 cm.

    La cohabitation des araignées ne pose pas de problème, je n'ai jamais observé de cas de cannibalisme chez les adultes. Il peut arriver qu'une araignée en quête de nourriture entre par mégarde dans la coquille d'une de ses congénères. Il s'ensuit une bagarre, l'Olios visitée rejetant l'intruse sans ménagement mais celle-ci se remet rapidement de cette aventure, certainement " vexée", mais vivante.

    Il faut cependant pas que les araignées manquent de nourriture. L'Olios chasse à vue, je les nourris d'Acheta domestica sub-adultes. Elle sort dès la nuit tombée, parcourt le terrarium un instant, puis se tient à l'affût sur une branchette, et bondit lorsqu'un grillon passe près d'elle.

    Sept des araignées envoyées étaient des femelles, un seul mâle donc était en ma possession. Celui ci mourût deux jours après son arrivée. Cependant quatre femelles étaient déjà fécondées à leur arrivée. Une semaine après leur arrivée, ces quatre femelles obturèrent leur coquille par un opercule de soie, elles vécurent encore deux jours et moururent. Je décidais de sacrifier une coquille operculée. Délicatement l'opercule fut ôté, à l'intérieur de la coquille se trouvait un petit cocon lenticulaire de 5mm de diamètre. J'ouvris celui ci, une vingtaine d'œufs étaient serrés les uns contre les autres. Ils étaient de couleur blanche. Trois oeufs furent retirés et déposés dans un verre de montre sur une feuille de papier absorbant très légèrement humidifié et je plaçais le verre de montre sous ma loupe binoculaire pour étudier l'embryogenèse.

Une espèce voisine non déterminée, Olios sp.
(avec l'autorisation de Ed Nieuwenhuys
web : http://www.xs4all.nl/~ednieuw/Spiders/spidhome.htm)

    Trois semaines plus tard, les jeunes sortaient de leur cocon, j'en comptais 70. Je séparais les jeunes des adultes. Les jeunes araignées mènent une vie grégaire jusqu'à ce qu'elles atteignent leur troisième stade. Jusqu'à ce stade, elles ne recherchent pas de coquilles, sont autant diurnes que nocturnes, puis dès le troisième stade, elles deviennent plus agressives et franchement nocturnes.
    J'en fis trois lots de 15 individus et je plaçais ces lots dans de petits terrarium avec les même conditions de maintenance que les adultes. Je leur donnais des coquilles de limnées de petite taille qu'ils adoptèrent immédiatement. Elles ont hissé leur coquille sur les rameaux de la même façon que les adultes. Les jeunes sont nourris de très jeunes grillons et de drosophiles aptères. Ils sont adultes en quatre mois.

    Les Olios changent de coquille au fur et à mesure de leur croissance, comme le bernard l'hermite. Les femelles non fécondées vécurent encore 6 mois.
    Pour des raisons personnelles, je fus obligé de mettre un terme à leur élevage.

    En conclusion, ces araignées mériteraient d'être les hôtes de nombreux terrariums d'amateurs, car elles ont certainement beaucoup d'autres comportements dignes d'intérêt.


©G.E.A. 2012
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